lundi 7 septembre 2015

REVISION DE LA CONSTITUTION POUR M. BIYA: Les camerounais peuvent-ils l’accepter ?

Article écrit en février 2008 pour dénoncer les manipulations et les tripatouillages infligées à notre texte constitutionnel.



REVISION DE LA CONSTITUTION POUR M. BIYA:
Les camerounais peuvent-ils l’accepter ?

Comment imposer, contre la volonté du peuple, une modification de la Constitution, dont la seule finalité est de permettre à Monsieur Biya de briguer un nouveau mandat ? Tel est le problème qui préoccupe le plus le régime camerounais ces derniers temps. C’est un gros problème, dans la mesure où en vérité, très peu d’éléments militent en faveur de M. Biya. Son bilan par exemple est loin d’être élogieux; et même s’il l’était, comment comprendre qu’un tel camerounais, qui est loin, mais alors très loin, de représenter ce que notre pays peut produire de mieux en terme de qualification, de compétence et d’engagement patriotique, qui a déjà passé, par les moyens peu honorables que nous savons tous, 45 ans au sommet de l’Etat, dont 25 comme Président de la République s’accroche avec tant de hargne ?

25 ans, c’est trop, et ça suffit.
25 ans, c’est un quart de siècle ; c’est un âge que beaucoup de camerounais n’ont pas pu atteindre, en raison des taux de mortalité infantile élevés ; il serait intéressant de savoir quel est le pourcentage de camerounais de cet âge,  qui ont pu braver les nombreux dysfonctionnements de notre système éducatif malade, pour avoir le Baccalauréat ; beaucoup de mariages, déstabilisés par les politiques sociales inadaptées (mise en chômage, salaires réduits, gelés, impayés, etc…) n’ont pas duré si longtemps ; en 25 ans, beaucoup de corps de la fonction publique vont à la retraite, et de nombreux camerounais qui ont été recrutés à 35 ans dans ces corps feront à peine 25 ans de carrière.
           
Fonction discréditée.
Cette attitude de M. Biya, qui consiste à s’accrocher au pouvoir sans se soucier de ce peuvent en penser les camerounais, contribue à dévaloriser et à discréditer la fonction présidentielle, convoitée uniquement pour les multiples avantages matériels qu’elle procure ; elle  donne la possibilité dans notre contexte autocratique, de manipuler le pouvoir  législatif, pour s’octroyer une immunité, laquelle met ses promoteurs au dessus de la loi, et surtout à l’abri de toute poursuite, permettant ainsi à un groupuscule de prendre en otage tout un peuple ; objectif à atteindre par tous les moyens, sujet sur lequel se cristallisent et se focalisent toutes les attentions, objet de toutes les ambitions et de toutes les convoitises, avouées ou non, dévoilées ou cachées, malsaines ou non, illégitimes ou non, cette fonction est devenue une source de division, un moyen de coercition, de domination et d’oppression de nos populations. Pour y parvenir, certains sont prêts à toutes les compromissions et à tous les sacrifices ; ils n’hésiteraient pas à mettre le pays à feu et à sang s’il le fallait. L’Etat s’en sort désacralisé et décrédibilisé, en raison l’image négative qu’en donnent ses hauts commis.
L’article 6.2. qu’on veut ainsi changer n’a jamais été appliqué ; on ne voit donc pas, en dehors des  sophismes et autres spéculations de la dialectique spécieuse que ces messieurs affectionnent, quels sont les inconvénients réels de ses dispositions ; qu’est-ce qui fait donc problème ?

Détournement de pouvoir.
Ce qui dérange davantage, c’est les moyens dont le pouvoir use pour museler la population et l’empêcher de s’exprimer ; les seules manifestations autorisées sont celles qui sont « inoffensives », à défaut d’aller dans le sens souhaité par le pouvoir. L’administration camerounaise, comme d’habitude est utilisée pour faire la volonté de M. Biya. Le gouverneur du Littoral se permet ainsi d’interdire les manifestations dans son territoire de compétence ; les forces de l’ordre établi sont mises à contribution pour disperser les manifestants, à défaut de les empêcher de se réunir, et de quelle manière ! L’on perçoit une fébrilité qui ne peut s’expliquer que par la conviction qu’a le pouvoir, que les populations ne souhaitent pas voir notre loi fondamentale modifiée dans le sens souhaité par lui, et indiqué par M. Biya lui-même dans son discours de fin d’année.
La brutalité de la répression vise à dissuader les populations de participer à d’autres manifestations. L’une des manifestations sévèrement réprimée a eu lieu le 23 février 2008, pendant que le carnaval de Bonapriso, qui est une manifestation publique avec des centaines de participants se déroule dans la rue sans problème, avec les policiers qui accompagnent, sans réprimer. Mais peut-on museler indéfiniment une population comme celle du Cameroun ?

L’administration prise en otage.
L’administration est-elle au service d’un individu ou au service du peuple ? Les ressources humaines et matérielles de l’Etat appartiennent-elles à M. Biya ? Telle est la question qui revient. Les média publics (CRTV, Cameroon Tribune) financés le contribuable sont transformés en instrument de manipulation, de désinformation au profit de M. Biya. Ainsi,  on y donne la parole uniquement à ceux qui soutiennent le projet de modification du fameux article 6.2. Quand on interdit aux journalistes du service public de participer aux débats dans les chaînes de télévision privées, comme cela a été révélé lors de l’émission Canal Presse du 17 février 2008 de Canal 2 International, cela signifie que la liberté d’expression n’est que de façade, et que la ligne éditoriale des média publics est essentiellement caractérisée par un directivisme inacceptable, au mépris de la déontologie journalistique.
De l’autre coté, les députés sont mis à contribution ; ils sont choyés, avec notamment leurs émoluments qui sont accrus, pour vaincre toute résistance de leur part ; en se laissant acheter, l’instance législative prouve sa collusion avec l’exécutif, qu’elle devrait pourtant contrôler ; le pouvoir constituant dérivé va ainsi être mise en œuvre pour une question aussi cruciale, qui aurait dû normalement faire intervenir le pouvoir constituant originaire.

Pourquoi un débat maintenant ?
Il  n’y a donc pas de débat sur la question, et s’il en fallait un, pourquoi faudrait-il le faire maintenant ? Ils ont déjà réussi à focaliser l’attention sur cette question de révision, négligeant au passage les problèmes de l’heure, qui accablent les populations. Ne peut-on pas attendre que l’élection présidentielle de 2011 ait lieu, avant de réviser en toute sérénité la Constitution ? Cela apaiserait ceux qui comme moi, pensent que la levée de la limitation des mandats pour permettre à M. Biya de se représenter est la seule et véritable motivation du pouvoir. Quand la France appelle à un débat démocratique et pacifique  sur la question dans son communiqué du 25 février 2008, elle prend déjà parti pour le régime de Yaoundé, puisqu’elle lui concède que le moment est indiqué pour ce débat. D’ailleurs, le pouvoir minoritaire et illégitime de Yaoundé n’a jamais eu l’intention d’organiser un débat sur la question ; sa stratégie consiste à donner la parole à quelques farceurs qui le soutiennent, afin de faire croire que l’opinion est favorable à ce projet, avant d’aller le faire avaliser par un Parlement déjà acquis à sa cause. Le régime de Yaoundé est essentiellement réfractaire et imperméable au dialogue ; il excelle dans la roublardise, dans les manigances et la tromperie, et ses promesses n’engagent que ceux qui ont la naïveté d’y croire.

Le Cameroun, un volcan endormi
Le Cameroun est le seul peuple qui a pris les armes contre la colonisation française, c’est encore l’un des rares peuples qui a organisé les villes mortes en Afrique ; c’est donc un volcan endormi qui peut se réveiller à tout moment ; le pouvoir, qui en est conscient perçoit dans les manifestations de Douala et les marches de Mboua Massock, les signes avant coureurs du réveil qu’ils redoutent. Que peuvent en effet les policiers contre un peuple déchainé ? Pas grand-chose.

Peur panique de l’après-pouvoir.
Il faut dire que ce qui effraie le pouvoir, ce sont les multiples coups de force qu’il a perpétrés contre le peuple et contre la démocratie. Chaque exaction a contribué à faire monter la pression, et à mesure que le temps passe, l’on se rapproche de l’instant fatidique de l’explosion.
C’est surtout la perspective de l’après-pouvoir, quand il faudra  rendre compte de tous les crimes, dérives  et autres extorsions commis qui constitue une véritable hantise pour M. Biya. Mais s’accrocher au pouvoir, vouloir quitter le pouvoir dans un cercueil, c’est opter pour la fuite en avant ; cela aggrave la situation de ces messieurs, parce que leur présence au pouvoir signifie que la récréation continue ; les prévaricateurs vont pouvoir continuer leur sale besogne ; c’est une option porteuse de graves dangers ; voyez ce qui se passe au Tchad ; c’est la conséquence d’une modification de la Constitution imposée par Idriss Déby dans les mêmes conditions qu’au Cameroun. Les penchants autocratiques endormis dans certains camerounais des autres tribus vont les pousser à utiliser cela demain comme prétexte pour légitimer leur désir de battre le record des Béti-Boulou et des Fulbé au pouvoir. M. Biya s’apprête à poser un acte d’une irresponsabilité historique inexprimable ; en est-il seulement conscient ? Aveuglé qu’il est par le goût du lucre, obnubilé qu’il est par la convoitise et le désir de puissance.

Une légitimité sujette à caution.
De quelle légitimité un tel régime, passé maître en coups fourrés antidémocratiques peut-il se prévaloir ? Toutes les élections ont été truquées, ce qui a aboutit à des institutions dont la légitimité est sujette à caution. La Communauté Internationale qui condamne souvent à tort certains coups d’état devrait sérieusement reconsidérer sa position, et reconnaître aux peuples le droit de se débarrasser de ces tyrans boulimiques qui ne songent qu’à s’éterniser au pouvoir, et dont les règnes s’accompagnent de calamités pour les populations.
La réaction du pouvoir est la preuve qu’il sait la grande majorité de la population opposée à la volonté de M. Biya qui n’a d’ailleurs jamais été qu’un mal élu, de s’éterniser au pouvoir.
250208
TCHASSE JEAN-CLAUDE
PLEG, Syndicaliste
Tel : 677134916/694617377

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