jeudi 14 mars 2013

INSCRIPTIONS SUR LES LISTES ÉLECTORALES : Qu’est-ce qui fait problème ?


INSCRIPTIONS SUR LES LISTES ÉLECTORALES :
Qu’est-ce qui fait problème ?

Les inscriptions sur les listes électorales sont en cours et semble-t-il, ce n’est pas le grand engouement apparemment souhaité par certains acteurs. À la mi-mars, l’on en était encore à 4 800 000 inscrits ; la cible était initialement de 7 000 000 d’inscrits à atteindre en fin février 2013. Il a fallu proroger la date des inscriptions pour atteindre le chiffre annoncé. Si l’on prend en compte le temps mis pour obtenir ces résultats, la mobilisation du gouvernement, du RDPC, le temps qui reste, force est de constater qu’il y a problème. Il y une désaffection des camerounais vis-à-vis de la chose électorale. Pourquoi ? Serait-on tenté de se demander ; surtout lorsqu’on se rappelle les forts taux de participation observés à l’occasion des élections pluralistes des années 90.
II ne faut pas chercher midi à 14h, comme qui dirait ; les camerounais dénoncent et rejettent le processus électoral actuel. Ils sont désabusés et résignés ; comment pourrait-il en être autrement lorsque toutes les élections organisées dans notre pays, même avant l’indépendance, ont été entachées d’irrégularités et de fraudes monstrueuses ; jamais, au grand jamais, on n’a organisé d’élections libres dans ce pays.
Le camerounais lambda sait que son vote ne compte pas parce que les suffrages exprimés sont parfois supérieurs au nombre de votants au profit de qui vous savez ; les morts votent tandis que des citoyens bien vivants doivent effectuer un véritable parcours du combattant à la recherche de leurs cartes, parfois en vain ; les urnes disparaissent dans les forets sacrés ; il y a des charters d’électeurs, qui parcourent les bureaux pour voter de multiples fois ; tout cela dans l’impunité la plus totale ; en effet, aucun des sous-préfets, préfets ou cadre de l’administration impliqués dans les manipulations électorales n’a jamais été sanctionné ; bien au contraire, ils ont plutôt été promus à de plus hautes fonctions.
La neutralité de l’organe chargé d’organiser et de superviser les élections est toujours sujette à caution ; certains le considèrent, à tort ou à raison, comme une sous-section du RDPC en raison de la présence ostentatoire dans les instances dirigeantes des caciques de ce parti ; il n’y a pas de consensus sur la loi électorale. On a souvent entendu les partisans du régime déclarer « que vous votiez pour nous ou non, nous allons gagner », donnant ainsi l’impression que les élections dont les résultats sont connus d’avance, sont juste une formalité pour une communauté internationale toujours complaisante. Les élections sont autant de parties de « qui perd gagne ».
Ce passé peu rassurant s’ajoute au fait que les inscriptions actuelles ne sont pas suivies de la délivrance immédiate de la carte d’électeur ; en quoi sont-elles biométriques ? Suffit-il que l’on utilise des ordinateurs pour qu’elles le soient ? Y a-t-il un fichier central ? Un même électeur peut-il s’inscrire plusieurs fois ?
En outre, l’implication du RDPC, principal organisateur et bénéficiaire des fraudes massives qui ont découragé l’électeur  camerounais, dans le processus d’inscription n’est pas pour rassurer. L’échec de leur campagne de sensibilisation en vue d’encourager les inscriptions  à l’occasion de  l’élection présidentielle d’octobre 2011 n’a donc rien enseigné à ces Messieurs et Dames ? Le faible taux de participation à cette élection est un indicateur du faible degré de confiance des camerounais en ce parti. Et le faible taux d’inscription ci-dessus relevé prouve à suffire que ce parti n’a jamais été que minoritaire. On ne peut pas comprendre en effet qu’un parti qui se targue de majorités soviétiques ne soit pas capable de persuader les camerounais de s’inscrire, malgré la forte implication des ses élites, appuyés par les ressources publiques !!
En dépit de la gratuité de la CNI, mesure prise soit disant pour encourager les inscriptions,  l’échec est si cuisant cette fois que certains envisagent même d’exiger la carte de vote dans les services administratifs, ce qui serait un grave recul dans notre processus démocratique.
Au lieu de toute cette agitation tardive et inopportune dont l’impact est nécessairement limité, voilà quelques actions qui pourraient rassurer  les camerounais et les inciter à s’inscrire : nommer à la tête l’organe chargé des élections des camerounais neutres ou à défaut des camerounais de tous les partis représentatifs, adopter une loi électorale consensuelle, avec une élection présidentielle à deux tours, avec limitation effective du mandat présidentiel. Ces propositions ne sont pas des révélations ; elles ont déjà été faites par d’autres acteurs. Pourquoi ne sont-elles pas prises en compte ?
Ceux qui s’évertuent à pontifier sur l’importance du vote, comme si les citoyens n’en étaient pas conscients, ont tout faux ; soit ils n’ont pas compris, soit ils sont de mauvaise foi. Le camerounais a besoin d’être sûr que son vote va effectivement compter, ce qui est loin d’être le cas actuellement. Dans les véritables démocraties, le suffrage a un pouvoir réel parce qu’il est respecté ; au Cameroun, avec ce régime, on singe la démocratie ; le suffrage a été spolié de son pouvoir par le régime qui ne peut pas survivre à des élections transparentes.
Pourquoi le gouvernement camerounais qui a confisqué l’initiative législative au Parlement, dans la mesure où aucune proposition de loi venant de l’opposition ne peut y prospérer, pourquoi donc ce régime autocratique, où l’exécutif contrôle le législatif et le judiciaire refuse-t-il de s’inspirer de ce qui se passe dans des pays africains comme le Sénégal, le Bénin, le Ghana en matière d’élections ? Et si l’on veut nous opposer la spécificité camerounaise, il suffirait d’impliquer dans le processus électoral toutes les parties prenantes ; ce ne sont ni les idées, ni les propositions qui manquent. Le problème c’est un régime qui redoute des  élections transparentes et qui se sert de sa position au pouvoir pour contrôler et verrouiller le processus électoral, afin de se maintenir ad vitam aeternam au pouvoir, contre la volonté des populations.
Autant la fourberie et les trucages du régime sont à déplorer, autant l’apparente  résignation des camerounais est injustifiable. En effet, les camerounais victimes des tripotages et des manœuvres électoraux semblent dire « ce régime est prêt à tout pour conserver le pouvoir, qu’il y reste donc ». Une telle attitude ne peut que aider ce régime à assouvir sa soif inextinguible de pouvoir autoritaire et éternel. Le camerounais est épris de liberté et de justice, comme l’ont prouvé les soulèvements successifs depuis l’époque coloniale. Il faut sortir de cette léthargie suicidaire et agir. Comment ? L’Histoire nous montre comment des peuples tyrannisés se sont libérés.

200113
TCHASSÉ Jean-Claude
PLEG HE/Bafoussam


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