lundi 18 mars 2013

À quoi va servir le Sénat au Cameroun ?


À quoi va servir le Sénat au Cameroun ?
Le Sénat est l’une des deux chambres du Parlement camerounais prévue par la Constitution de la République depuis le 18 janvier 1996 ; cela fait donc 17 ans que l’on attend sa mise en place ; mais, pour des raisons que l’on ignore, c’est seulement le 14 avril prochain que des élections auront lieu pour désigner les membres de cette chambre. Pourquoi a-t-il fallu attendre si longtemps pour mettre en place cet organe ? Que peut-on attendre du Sénat?
La première remarque qui vient à l’esprit est la suivante : si le Sénat était vraiment nécessaire à notre pays, l’on n’aurait pas attendu 17 après son institution, et 53 ans après notre prétendue indépendance, pour le mettre en place ; personne ne se croit obligé d’expliquer au citoyen contribuable, véritable dindon de la farce, pourquoi il a fallu attendre tout ce temps.
D’autre part, le moment de la convocation du corps électoral semble avoir été particulièrement mal choisi ; en effet, les Sénateurs sont élus par les conseillers municipaux ; or le mandat  (5 ans) de ceux qui sont en place actuellement a expiré depuis juillet 2012, puisqu’ils ont été élus en juillet 2007 ; les élections municipales et législatives sont imminentes, et personne ne sait véritablement pourquoi ces élections n’ont pas été organisées à la date prévue ; si on prend en compte les  grosses irrégularités, les trafics, les malversations et les fraudes monstrueuses qui ont toujours marqué toutes les élections organisées dans notre pays jusqu’à ce jour,  on comprend mieux que la légitimité et la représentativité du corps électoral actuel soient sujettes à caution; de quelle légitimité pourra donc se prévaloir le Sénat qui va sortir des élections d’avril prochain ? Pourquoi n’avoir pas attendu les élections annoncées qui auraient conduit à des conseillers municipaux investis de la légitimité nécessaire pour élire les futurs Sénateurs ? C’est sans doute les élections aux listes biométriques, avec les possibilités de fraude réduites qui fait peur au RDPC.
Le calendrier électoral, si tant est qu’il en existe un, est ainsi maîtrisé par le seul RDPC, qui fixe la date des élections sans tenir compte de la durée des mandats électoraux et qui programme les échéances électorales selon ses seules convenances, sans concertation avec les autres partis, donc sans consensus ; on a ainsi une équipe dont le capitaine est en même temps arbitre, qui décide de la date du match en s’assurant qu’il a pris ses adversaires au dépourvu.
Que va faire l’opposition au sein d’une telle instance ? On est d’abord surpris du revirement spectaculaire du leader du SDF, M. Ni John Fru Ndi, qui avait promis  « d’aider M. Biya à gâter le Cameroun » si celui osait convoquer les Sénatoriales avant les municipales et les législatives. La participation de l’opposition aux Sénatoriales, c’est sa caution aux manœuvres antidémocratiques du pouvoir ; c’est la légitimation d’un organe foncièrement antidémocratique et illégitime ; et comme elle sera ultra minoritaire dans cette chambre, elle ne pourra faire que de la figuration.
Les futurs Sénateurs seront évidemment tenus par la discipline du parti ; et la façon dont les listes ont été constituées ne rassure pas du tout ; tout le monde connaît le RDPC et ses méthodes reprises par d’autres partis d’opposition ; trafic d’influence, népotisme, favoritisme, corruption ; pourquoi ne les avoir pas désignés par des élections démocratiques au sein des différents partis ? Quelle sera leur marge de manœuvre ? Nulle ; la Constitution a beau déclarer nul le mandat impératif, je ne vois aucun d’entre eux capable de faire preuve de l’indépendance d’esprit nécessaire pour voter le moment venu en son âme et conscience, en fonction de l’intérêt de la Nation. Ils devront se soumettre aux diktats et autres oukases provenant de ceux à qui ils doivent leurs précieux strapontins. Le fonctionnement de notre Assemblée Nationale actuelle nous conforte dans cette idée.
Les Sénateurs devraient être les meilleurs d’entre nous ; les plus compétents, les plus intègres, des modèles qui se sont distingués par leur dévouement, leur rectitude morale, leur abnégation, leur engagement patriotique ; mais on se demande si de tels camerounais existent tant ce régime s’est employé à compromettre tous ceux qui s’y sont frottés ; c’est pour cela que certains partis ont profité de ces sénatoriales pour « redresser » les militants candidats qui n’étaient pas à jour de leurs cotisations.
Ceux qui se bousculent pour faire partie de ce Sénat savent très bien qu’ils y vont uniquement pour les avantages matériels, les privilèges, les honneurs et le prestige factice et éphémère conférés par leur nouvelle position ; ils recherchent l’immunité parlementaire pour ceux d’entre eux qui traînent des casseroles ; ils ne seront d’aucune utilité pour ce pays.
Si le Sénat était donc si utile pourquoi donc au Sénégal, pays qui en matière de démocratie et d’alternance pacifique au sommet, à beaucoup à nous apprendre, pourquoi donc au Sénégal l’a-t-on purement et simplement supprimé ?
Nos problèmes suivants vont donc rester entiers voire être aggravés, malgré ou à cause des folles dépenses que vont engendrer le fonctionnement de cette chambre : la corruption, le chômage des jeunes, le tribalisme, les détournements de deniers publics, l’absence d’alternance au sommet de l’état, le contrôle du législatif et du judiciaire par l’exécutif, j’en passe et des meilleurs ; combien de jeunes en quête d’emploi, le traitement d’un Sénateur peut-il permettre de prendre en charge ?
Que font les monarques traditionnels dans les listes d’un parti ? Et quel parti ? Ils devraient rester politiquement neutres. Si au moins ils écoutaient leurs peuples, ils sauraient qu’ils rament ainsi à contre courant ; le régime veut ainsi profiter de leurs positions pour gagner les faveurs des peuples ; mais que les élections soient véritablement transparentes et on verra.
Le Sénat qui est l’une des inventions pour nous divertir, et détourner l’attention de vrais problèmes de la Nation dont M. Biya a le secret, ne sera donc qu’un nouvel organe budgétivore qui permettra au régime de mieux contrôler ses courtisans, et qui n’apportera véritablement rien de neuf, si ce n’est d’alourdir inutilement les procédures (cf art 30 de la Constitution), et c’est encore le Cameroun qui va en pâtir.
Et les autres organes prévus par la Constitution de Janvier 1996 ? Le Conseil Constitutionnel (art 47), la Haute Cour de Justice (art 53), le Conseils régionaux et leurs Présidents respectifs (art 57),  la déclaration des biens (art 66), personne ne peut dire quand ils verront le jour ; la mise en place du Sénat ne répond donc pas au souci de rendre opérationnels  les institutions prévues par notre loi fondamentale. Seul M. Biya décidera en fonction de ses calculs et de ses intérêts propres ; c’est pour cela que le Cameroun est le seul pays au Monde avec deux Constitutions.
180313
Jean-Claude TCHASSE
PLEG Hors Échelle
Bafoussam

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