mercredi 9 août 2017

Les Elections de 2018 au Cameroun. (texte intégral)



Les Elections de 2018 au Cameroun. (texte intégral)
L’année 2018 sera une année électorale au Cameroun. En effet, les mandats de nos élus expirent cette année 2018, et il faudra aller aux urnes pour choisir entre les différents candidats qui vont se présenter aux postes à pourvoir.
Les citoyens âgés de plus de 20 ans devront aller voter ces dirigeants dont les mandats seront remis en jeu : il s’agit du Président de la République qui a été élu pour la dernière fois en 2011, des députés et des conseillers municipaux qui ont été élus en 2013. Les conseillers régionaux sont constitués de délégués départementaux élus par les conseillers municipaux et les représentants des chefs traditionnels, élus par leurs pairs. Les Conseils régionaux n’ont pas encore été mis en place. Les maires et leurs adjoints sont élus par les conseillers municipaux. Les sénateurs sont élus à leur tour par les conseillers municipaux et les conseillers régionaux. Donc chaque camerounais âgé de plus de vingt ans est appelé à exercer son droit de vote ; car voter, c’est un droit, et nul ne peut vous empêcher de l’exercer, ni le faire à votre place, quand vous n’avez aucun empêchement.
Ceux qui seront élus directement par les citoyens sont Le Président de la République, les députés, et les conseillers municipaux.
L’élection présidentielle, c’est pour choisir le Président de la République. Il est à la tête de l’un des trois pôles du pouvoir qu’on appelle l’exécutif. C’est la personnalité la plus importante de la République ; la Constitution lui accorde un très grand pouvoir et par ses décisions, il structure la vie de la Nation. Jusqu’ici, le Cameroun n’a connu que deux Présidents. Alors que le Nigéria voisin, le Ghana, le Bénin, le Sénégal ont vu chacun se succéder de nombreux présidents. L’élection, à condition qu’elle soit juste et transparente, est l’occasion de changer pacifiquement ou de reconduire le titulaire de ce poste prestigieux, objet de toutes les convoitises saines ou malsaines et qui cristallise toutes les attentions. Un président qui se distingue par des actes antipatriotiques tels que la corruption, la haute trahison, intelligence avec l’ennemi, peut être destitué en cours de mandat au terme d’une procédure appelée impeachment, conduite par l’organe législatif qui est le parlement. Quand le Président est remplacé par d’autres moyens que ceux prévus par la constitution et le code électoral, on dit qu’il y a eu un coup d’état. Certains pays sont passés par les coups d’état sanglants, ou la guerre pour changer de président. Pour éviter tout cela, il faut s’inscrire sur les listes et voter quand le moment sera venu.
Les élections dites législatives sont celles au cours desquelles on élit les députés, puisque les élus vont exercer, avec les sénateurs, le pouvoir législatif. Il y a 180 députés et 100 sénateurs à raison de 10 par région au Cameroun. Ils siègent pour leurs travaux à l’Assemblée Nationale. Connaissez-vous votre député ? En principe il doit organiser des séances de compte rendu des sessions parlementaires. Un député élu représente la Nation, pas seulement ses électeurs. Le député bénéficie de l’immunité parlementaire, mais il peut arriver que cette immunité soit levée et qu’il soit poursuivi pour des actes répréhensibles qu’il a posés. Il y a des députés qui sont continuellement élus depuis plus de 40 ans, avant que beaucoup d’entre vous ne soient nés.
Région
Nombre de députés
Population en 2011[1]
Population en 2015
Ratio en 2015
Adamaoua
10
1 064 807
1 200 970
120097
Centre
28
3 690 656
4 159 492
148553,286
Est
11
811 844
835 642
75967,4545
Extrême-Nord
29
3 617 237
3 993 007
137689,897
Littoral
19
2 996 931
3 354 978
176577,789
Nord
12
2 166 897
2 442 578
203548,167
Nord-Ouest
20
1 842 158
1 968 578
98428,9
Ouest
25
1 816 775
1 921 590
76863,6
Sud
11
709 876
749 552
68141,0909
Sud-Ouest
15
1 421 456
1 553 320
103554,667
Total
180
20138637
22179707


Le troisième pôle du pouvoir est le judiciaire, mais ses membres ne sont pas élus. Les trois pôles du pouvoir, l’exécutif, le législatif et le judiciaire doivent être indépendants les uns des autres. Si le pouvoir exécutif cherche et arrive à contrôler et à neutraliser les autres pouvoirs comme cela arrive souvent, alors ce n’est plus la démocratie. C’est le cas quand les députés et les sénateurs sont désignés ou carrément nommés par le Président de la République.
Les conseillers municipaux, qui élisent les maires en leur sein sont votés au cours des élections municipales. Quand ils se regroupent, ils forment le conseil municipal, qui est l’organe délibérant de la commune ; il y a 360 communes au Cameroun, et le nombre de conseillers municipaux pour chaque commune dépend de la population de ladite commune ; il y a des communes de 25, 31, 35, 41, 60 conseillers. Les communautés urbaines sont dirigées par des délégués du gouvernement nommés par le Président de la République.
Comment savoir qui choisir parmi les nombreux candidats ou les nombreuses listes en compétition ? Pour connaître les candidats, il faut les suivre pendant la campagne électorale ; C’est un ensemble de manifestations au cours desquelles ces postulants vont à la rencontre des électeurs pour exposer leurs idées, leurs projets pour le pays, les moyens dont ils disposent. Ils se présentent également en donnant leurs visions, leurs philosophie de la vie, leurs parcours, c’est-à-dire leurs diplômes, leurs qualifications, leurs compétences, leurs réalisations ; ils organisent pour cela des meetings où ils essaient d’attirer le plus grand nombre de personnes possibles ; ils ont des tranches d’antenne à la radio et des moments de passage à la télé. Les électeurs sont invités à faire preuve de vigilance et à s’informer sur ces prétendants qui peuvent compter des imposteurs parmi eux, c’est-à-dire des personnes qui disent des mensonges et donnent d’elles-mêmes une fausse image. Certains pensent que faire de la politique consiste à dire toutes sortes de contre vérité, à chercher à tromper l’électorat. De nombreux politiciens sont des opportunistes uniquement mus par des ambitions égoïstes. Pour beaucoup la politique est un moyen de s’enrichir, c’est un moyen pour accéder à des postes importants où ils vont s’octroyer toutes sortes de privilèges et d’honneurs, et ils le font sans convictions, et ne s’embarrassent pas de scrupules ; ils n’hésitent pas à donner des coups bas à leurs adversaires, à poser toutes sortes d’actes détestables et à recourir à des solutions malsaines et néfastes telles que l’adhésion à des sectes ésotériques, des pratiques mystiques, la sorcellerie, à condition que cela les aide à atteindre leurs objectifs. Les crimes rituels, les disparitions d’enfants, les assassinats suivis de mutilation des corps ont sans doute un rapport avec ces ambitions politiques démesurées entretenues par certains politiciens sans scrupules.
Certains candidats conscients de leurs insuffisances et de leurs faiblesses, vont chercher à corrompre les électeurs ; c’est ainsi qu’on signale des campagnes qui se transforment en séances de distribution de riz, de maquereaux, de la bière. Les électeurs doivent être vigilants et se méfier de ces individus mal intentionnés qui convoitent les postes électifs pour se servir et non servir l’intérêt général. A la question de savoir s’il faut se prêter à ce jeu malsain en acceptant ces largesses calculées, les réponses divergent : pour les uns, il faut les accepter et puis « être sage » le jour du vote, en jetant leurs bulletins dans la poubelle et non dans l’urne; je suis de ceux qui pensent qu’il faut s’éloigner de tels politiciens véreux et les dénoncer.  Malheureusement, il faut reconnaître que de deux candidats, celui qui attirera et retiendra le plus longtemps la foule est celui-là qui va distribuer à manger et à boire.  Il y en a qui se font élire au parlement pour être couverts par l’immunité. Les électeurs doivent être vigilants et exigeants envers les candidats.
La question du financement des campagnes électorales se pose ; en effet, les candidats doivent d’abord payer une caution, et ensuite mener la campagne, qui implique des déplacements, des affiches, la logistique électorale, etc. et tout cela nécessite des moyens importants. L’Etat finance les partis politiques, qui devraient compter sur les cotisations des membres pour fonctionner et mener campagne. Pour être candidat indépendant à l’élection présidentielle, il faut avoir les moyens conséquents.
Attention au tribalisme qui consiste à choisir un candidat non en raison des idées qu’il défend ou pour ses qualités, mais parce qu’il est du village. C’est la compétence qui devrait primer ici.
Comment se passe l’élection ?
Il faut commencer par s’inscrire sur les listes électorales. Est-ce que tous les jeunes qui m’écoutent là se sont déjà inscrits ? Vous avez jusqu’au 31 août 2017 pour le faire. Après il faudra attendre le 1er janvier 2018, et si entre temps on convoque le corps électoral, ce sera trop tard et vous ne pourrez pas voter en 2018. Le nombre d’électeurs inscrits communiqué par ELECAM ce 14 juillet prouve que beaucoup de jeunes ne se sont pas encore inscrits. Sur une population électorale d’environ 11 millions, il y a à peine 6500000 d’inscrits si l’on se fie à ces chiffres. Ce qui veut dire que près de 4500000 électeurs potentiels ne sont pas encore inscrits, alors que la clôture des inscriptions est fixée au 31 août. Ce serait un miracle si on atteignait le chiffre de 9000000 d’inscrits, à ce rythme.  Ce qui est préoccupant, c’est que même déjà inscrits, certains n’iront pas voter.
Sachez que vous détenez un pouvoir dont l’exercice est conditionné par votre inscription sur une liste électorale. Vous avez le pouvoir de changer les dirigeants qui ne vous donnent pas satisfaction. Le pouvoir appartient au peuple qui le délègue pour une durée limitée à des personnes qu’il a choisies, c’est pour cela qu’on parle de mandat. Vous avez par votre vote donné mandat à des personnes pour vous représenter dans les institutions où se prennent des décisions qui ont une influence sur votre vie quotidienne. Si vous n’êtes pas contents de leur manière de se conduire, si vous vous trouvez que ces personnes à qui vous avez donné mandat ne sont pas sérieuses, s’ils ne font pas bien leur travail, les élections vous donnent l’occasion de les remplacer. Comprenez bien cela. La souveraineté vous appartient. Les élections, c’est donc l’occasion de sanctionner les mauvais dirigeants, et de choisir d’autres que vous trouvez aptes à vous représenter valablement, de choisir ceux qui défendront vos intérêts. Et ces élus devront vous rendre compte de leurs actions. Vous devez donc cesser de rester indifférents. Si vous pensez que vous ne voulez pas faire la politique, sachez que de mauvais politiciens vont se faire élire par toutes sortes de manœuvres et vous mèneront la vie dure. Si vous pensez que vous allez vaquer tranquillement à vos occupations, les mauvais dirigeants à qui vous aurez laissé le champ libre par votre refus de participer viendront vous empêcher de vaquer à ces occupations. Donc, vous devez vous inscrire. Ce pays est notre patrimoine commun, il nous appartient à nous tous. Nous tous des cohéritiers, des ayant droit.
Des dirigeants qui sont sûrs d’être réélus en raison de la capitulation et de la démission des populations résignées et désabusées ne feront aucun effort pour satisfaire ces populations. Renoncer à jouir de son droit de vote, c’est comme si vous confiez votre boutique à un gérant à qui vous ne demandez jamais de vous rendre compte de sa gestion.
L’autre raison pour laquelle vous devez vous inscrire est qu’il faut être électeur pour être éligible. Quand vous serez inscrit, vous pourrez être candidat. Vous pouvez postuler aux postes à pourvoir. Si vous êtes populaire dans votre quartier, engagez-vous dans un parti, un bon parti, dont l’idéologie correspond à votre vision de la vie, et les dirigeants sérieux, pour postuler.
Les candidatures indépendantes ne sont pas possibles aux élections législatives et aux élections municipales. Il faut passer par un des 298 partis politiques pour faire acte de candidature. A la présidentielle les conditions sont assez difficiles.
Le lieu du vote est déterminé par le lieu d’inscription. Celui qui habite en ville et qui possède un domicile dans son village d’origine peut aller voter au village.  Mais je trouve anormal que l’on vive dans une commune et que l’on aille voter ou même se faire élire dans une commune où l’on ne passe que quelques jours par mois, même si c’est le village. Ceux qui peuvent se permettre d’avoir deux résidences font partie de l’élite susceptible d’influencer les élus.
Le jour du vote, se rendre au bureau du vote muni de sa carte d’identité et de sa carte d’électeur. Se faire identifier par les membres de la commission locale de vote, déposer son doigt sur l’encre indélébile, prendre une enveloppe, prendre tous les bulletins de vote, se diriger vers l’isoloir et choisir le bulletin de vote du candidat préféré ; c’est dans l’isoloir, à l’abri des regards indiscrets, sans influence et sans pression, et en son âme et conscience, que l’on effectue son choix. Le reste des bulletins de vote non choisis doivent être rejetés dans la poubelle prévue à cet effet et placée dans l’isoloir. Interdit de ressortir de l’isoloir ou du bureau de vote avec les bulletins non choisis. Attention ! attention ! ne vous laissez pas corrompre par les hommes politiques qui vous proposent de leur ramener, pour les acheter, les bulletins de leurs concurrents ce sont des manœuvres déloyales et illégales qui faussent le jeu démocratique. La solution du bulletin unique a été proposée pour résoudre ce problème, mais n’est pas acceptée.
Vous devez voter une seule fois ! Ne vous laisser pas emballer par des hommes politiques qui utilisent des groupes de jeunes à qui ils fournissent de nombreuses cartes, avec lesquelles ils votent plusieurs fois à la même élection. Ce sont des manœuvres comme celles-là qui faussent les résultats et permettent à de mauvais dirigeants de rester au pouvoir, malgré le vote défavorable des populations. Une fois que vous avez voté retourner chez vous où vous attendrez l’heure de la clôture du vote pour revenir au bureau de vote, suivre le dépouillement, pour s’assurer que tout se passe dans l’ordre. Un bon électeur ne doit pas se contenter de voter et de retourner chez lui définitivement pour attendre les résultats à la télé ou à la radio. Il est très important qu’il suive avec beaucoup de vigilance le décompte des voix à fin et qu’il note bien le résultat obtenu dans son bureau de vote. Il doit se faire communiquer les résultats des autres bureaux de sa circonscription électorale et être capable, le cas échéant de dénoncer les malversations qui pourraient survenir.
Je me suis inspiré du code électoral (Loi n° 2012/001 du 19 avril 2012 portant Code Electoral, modifiée et complétée par la loi n°2012/017 du 21 décembre 2012)

270717
Jean-Claude TCHASSE


[1] Projections du Bureau Central des recensements et des études de la population (BUCREP)

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