mardi 18 juillet 2017

La justice populaire.

 La justice populaire. (première  partie)
 Nous consacrerons la prochaine série de chroniques au thème suivant : la justice populaire.
La justice populaire se dit de cette situation où les populations décident d’en découdre elles-mêmes avec une personne surprise en train de commettre un acte répréhensible comme le vol, l’assassinat, l’adultère, le viol ou l’enlèvement d’une autre personne, etc. Le malfaiteur ainsi surpris, ou la personne soupçonnée d’avoir posé l’un des actes ci-dessus est violemment prise à partie, puis lynchée par une foule en fureur, difficile, voire impossible à maîtriser.
Généralement cela commence par une dénonciation, un cri « Au voleur » et immédiatement, un rassemblement spontané se forme autour du présumé coupable, et les personnes présentes rivalisent d’imagination pour régler son compte à l’infortuné. C’est comme si ces justiciers d’un autre genre s’étaient passés le mot. Ils s’arment de gourdins, de barres de fer, de lattes, de cailloux, d’essence, bref, de tout ce qui peut faire mal. Sans l’intervention énergique des forces de l’ordre, obligées parfois de tirer des coups de feu en l’air, c’est la mort assurée du présumé malfaiteur, après d’atroces souffrances. Mais généralement, les éléments des forces de sécurité arrivent tard et ne retrouvent que le corps sans vie de la victime, souvent transformé en méchoui humain après avoir été brûlé vif.
Les images de ces spectacles macabres circulent sur les réseaux sociaux, et l’on se demande si leurs auteurs ont un cœur. Ne vaut-il pas mieux alerter la police ? Comment peut-on prendre du plaisir à filmer ces scènes où l’on voit un être humain se tordre de douleur sous les coups de gourdins et de lattes, ou en train de brûler ? La diffusion de ces images a sans doute pour but de dissuader ceux qui seraient tentés de s’adonner à cette activité nocive. Mais admettons quand même qu’il faut s’armer de beaucoup de courage pour les enregistrer.
Comme vous le constatez, l’accusé n’a pas l’occasion de se défendre ; il est ainsi exécuté sommairement, sans avoir été jugé, d’où le risque d’infliger ce traitement barbare à des innocents. On a signalé récemment le lynchage d’un officier au Ghana, alors qu’il faisait son jogging ; des femmes ont aperçu son arme et l’ont pris pour un braqueur. On a également signalé un enfant de 7 ans, brûlé vif au Nigéria ; il aurait tenté de voler du tapioca. Manifestement, cette peine était disproportionnée, et en tout état de cause, un tel comportement est révoltant et injustifiable. Peut-être que cet enfant avait tout simplement faim.
On peut se demander ce qui peut pousser les populations à réagir de la sorte. Pourquoi la foule est-elle si prompte à afficher un tel comportement ? L’une des explications données est la suivante ; les malfrats arrêtés et conduits aux autorités sont libérés sans être jugés, et puis reviennent narguer les victimes de leurs méfaits. Il paraît même que quand ils sont dénoncés aux autorités, ces malfrats parviennent à identifier on ne sait trop comment les dénonciateurs, qu’ils reviennent ensuite agresser. Ceci conduit à une situation où les bandits sont connus dans les quartiers de nos villes, et les populations victimes de leurs exactions ne rêvent de que l’occasion d’en découdre avec eux. Mais ceci peut-il suffire à justifier la violence et la barbarie exercées par ces foules en furie ? Une autre explication possible est la rancune ; en effet, les victimes de braquage et d’agression dont les auteurs n’ont jamais été identifiés ruminent leur vengeance. Ils se défoulent sur le premier présumé bandit sur qui ils tombent. Ils se disent sans doute qu’un malfaiteur en vaut un autre. Il faut dire que les agresseurs, les voleurs, les braqueurs et autres coupeurs de route dont certains se droguent avant de passer à l’action, ne font pas de cadeau à leurs victimes. On rapporte en effet des cas de violence, de viol des épouses devant leurs maris et des enfants devant leurs parents, et même des assassinats. Apparemment très peu de cas sont élucidés, et les victimes de ces crimes restent sut leur faim. Au traumatisme de l’agression parfois sauvage, s’ajoute la frustration de ne pas voir leurs agresseurs poursuivis, arrêtés, puis condamnés par la justice. La société vit donc dans la peur. Cette peur des agressions qui impose de nouvelles habitudes. Il est ainsi déconseillé de rester hors de chez soi au-delà d’une certaine heure, au risque de tomber sur les maîtres de l’obscurité.

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