samedi 5 septembre 2015

Chasse aux prévaricateurs. Jusqu’où Biya peut-il aller ?

Dans cet article écrit en 2006, j'exprimais mon scepticisme; je constate malheureusement que l'avenir m'a donné raison.


chasse aux prévaricateurs.
Jusqu’où Biya peut-il aller ?
  D
epuis le 21 février, des anciens directeurs généraux de sociétés d’état, soupçonnés de s’être rendus coupables de détournement de deniers publics sont interpellés et mis en détention préventive : en attendant que la procédure judiciaire engagée à leur encontre aille jusqu’à leur terme, on peut dorés et déjà se poser certaines questions.
            Ce qu’on leur reproche est pour ainsi dire banal dans notre pays : le péculat, la prévarication, la corruption et autres malversations en tout genre sont ancrés dans nos mœurs, et on a l’impression que les personnes honnêtes et intègres peuvent se compter sur les doigts d’une main. Comment en est-on arrivé là ? Surtout avec un Président qui, dès son arrivée au pouvoir en 1982 prêchait rigueur et moralisation ?

Tout le monde a pointé du doigt la cause du mal : l’impunité ; les auteurs de ces actes antipatriotiques bénéficiaient d’une complaisance pour le moins surprenante de la part des autorités chargés de les réprimer; Le président de la république lui-même, dans son discours de fin d’année 2005 a dit « ça suffit » ; comment interpréter cette déclaration ? Les pratiques détestables et condamnables qui sont réprimés aujourd’hui seulement étaient donc connues, mais tolérées ; le Président endosse donc au moins en partie la responsabilité du laisser-aller qui a prévalu jusqu’à maintenant, et qui a encouragé certaines personnes à se livrer sans retenue et sans scrupules aux comportements préjudiciables à l’intérêt général et au bien commun qui ont été observés ; c’est lui qui s’est abstenu d’user des pouvoirs à lui conférés par la loi pour sévir quand il le fallait ; il a été ainsi permis à des camerounais de s’enrichir insolemment et démesurément sur le dos des autres, au détriment de la fortune publique ; pourquoi ?

Les sommes détournées se chiffrent en milliards de CFA ; de quoi donner le vertige ; les auteurs de ces actes n’étaient pas seulement préoccupés par leur sécurité matérielle et celle de leurs progénitures apparemment, puisqu’ils pouvaient y pourvoir largement pour de très longues années avec le centième des sommes détournées; qu’est ce qui peut expliquer une telle frénésie dans les détournements ? Qu’est-ce qui peut justifier une telle cupidité ? désir de fils de paysans malmenés et traumatisés dans leur enfance par la misère, de prendre leur revanche sur le destin ?  Surtout que la nomination au poste de DG donne déjà droit à de nombreuses  prérogatives comme le précise bien le fameux article 2. de chaque  acte de promotion qui stipule : « l’intéressé aura droits aux avantage prévus par la réglementation », ce qui se traduit concrètement par un gros salaire, le logement avec domestiques, les véhicules de service avec chauffeur, etc…. les fruits de leur rapine sont placés dans des comptes dans des banques étrangères comme pour dire qu’ils ne se sentaient pas camerounais, et qu’ils n’étaient là que pour se servir. Faut-il voir dans cette boulimie financière inextinguible l’intention de se constituer un trésor de guerre ? Ou   plus simplement la volonté de contrebalancer la puissance financière supposée des Bamiléké, afin de mieux les combattre le cas échéant ?

Il faut récupérer l’argent détourné ; ce sont des sommes importantes, qui manquent cruellement à notre pays, qui faut-il le rappeler est sous développé, pauvre et très endetté et a besoin de cet argent pour se doter des infrastructures dont il a besoin,  pour donner un traitement juste et équitable à tous ces citoyens honnêtes qui s’échinent chaque jour dans des conditions parfois effroyables pour lutter contre la misère et l’ignorance. C’est cet argent que nous sommes allés quémander honteusement aux Institutions de Bretton Woods ; ce que les autorités sont allés chercher à Washington, nous l’avons ici. Le président de la république le savait bien, lui qui avait promis, avant de se dédire de ne jamais s’adresser à ces institutions. Et ces chantres de l’ultralibéralisme forcené nous l’ont accordé dans les conditions draconiennes que vous savez tous, et que nous autres pauvres citoyens subissons : l’inflation et les hausses des impôts, l’élargissement de l’assiette fiscale, les privatisations, la marchandisation des services publics sociaux.
Parmi les personnes arrêtées se trouvent des élus ; ces personnes ont réussi à se faire désigner au sein de leur parti comme candidat, puis à se faire élire, alors qu’il était de notoriété publique qu’ils n’étaient pas des enfants de choeur, alors qu’ils ne s’étaient pas distingués par leur probité morale : comment cela a-t-il pu arriver ? Cette question donne à réfléchir sur les lois électorales, qui peuvent ainsi permettre l’élection d’individus peu recommandables, et surtout, sur les conditions de déroulement des élections où par exemple les morts votent, pendant que les vivants n’arrivent pas à se procurer la carte électorale, entre autres.

Jusqu’où Monsieur Biya peut-il aller dans sa croisade ? Notre Administration est infestée de voleurs et de corrompus, animés par une avidité et une rapacité sans égal, dont le  seul souci est de s’enrichir autant que possible. Les camerounais les plus riches se recrutent curieusement parmi les fonctionnaires, et non parmi les hommes d’affaires.
Un pacte tacite existe : militer dans le RDPC, aller au village tromper les grand – mères pendant les consultations électorales : cela vous donne la possibilité de vous faire nommer à de postes juteux où vous pouvez vous livrer à toutes sortes de pratiques interlopes sans être inquiété. Le RDPC est ainsi un parti administratif, dont les membres les plus actifs et les plus engagés sont les fonctionnaires de la haute administration, qui y recherchent impunité, immunité, couverture  et protection. Maintenant que la donne semble changer, ils sont pour la plupart susceptibles d’être interpellés. Mais cela va-t-il durer ? car en effet, les rangs de ce parti vont se vider si les arrestations se poursuivent.

Les mesures d’assainissement en cours sont prises avec les encouragements – certains diront sous la pression – des  américains. Les camerounais désabusés et résignés,  semblent avoir renoncé à engager des actions susceptibles de modifier le cours d’une histoire qui ne leur est décidément pas favorable jusqu’ici, et attendent que ce soit les étrangers qui défendent nos intérêts. Les rangs des partis politiques d’opposition, des syndicats et  autres associations citoyennes semblent désespérément clairsemés, ces structures ayant du mal à mobiliser les foules pour des causes dont aucun esprit équilibré ne peut contester valablement la justesse, l’opportunité et la pertinence. et c’est là que réside notre part de responsabilité dans l’atmosphère permissive et de laisser aller dont ont longtemps bénéficié les bandits en col blanc.
 Ces étrangers peuvent – ils le faire sans arrière pensée et sans calcul, par pitié ou par pur altruisme ? l’esclavage, la traite négrière, la crise de la dette des pays du tiers monde, nos rapports malsains avec la France  nous montrent que les relations avec les pays du Nord sont marqués par une exploitation et une domination à notre détriment, et dont nous continuons de souffrir. Ces régimes corrompus et concussionnaires qui règnent sur nos pays nous ont été imposés par les pays du Nord, dans une logique peu soucieuse des intérêts de nos pays. Ce sont bien les américains qui ont imposé Mobutu au Zaïre.

Les inspirateurs des motions et autres marches de soutien à qui vous savez, ces véritables manipulateurs qui les concevaient touts seuls et les faisaient endosser par des structures fantomatiques et parfois imaginaires constituées en réalité de badauds rassemblés à la va-vite, comme cela se voit parfois au défilé, se font curieusement très discrets ; ils sont inquiets pour leur sort, et pour cause ! Si les arrestations devaient se poursuivre, ils se retrouvaient tous en taule. Les militants les plus bruyants et les plus exubérants sont les plus pourris et les plus compromis.

Le cas de Siyam siéwé, ci-devant Ministre de l’eau et de l’énergie a de quoi laisser perplexe. Il a été interpellé pour sa gestion calamiteuse du Port Autonome de Douala (PAD) dont il était le Directeur Général avant d’être promu membre du gouvernement. Des journaux avaient dénoncé ladite gestion. Cela n’a pas empêché qu’il soit nommé Ministre. Comment devient-on Ministre au Cameroun ? N’y a-t-il pas une enquête de moralité ? Ce qui est inquiétant, c’est que cette remarque peut être généralisée aux autres ministres.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il aura fallu du temps pour passer des discours aux actes ; entre les premiers discours sur la rigueur et la moralisation tenus en 1982 et les actes concrets que nous observons, si tant est que ces actes ne sont pas la poudre aux yeux des bailleurs de fonds, et s’inscrivent dans une véritable campagne d’assainissement, il s’est passé – excusez du peu – 23 ans. Dans les pays véritablement démocratiques où le nombre de mandats présidentiels est limité M. Biya aurait passé au grand maximum 15 ans au pouvoir, si nous tablons sur une durée de mandat de sept ans. On ne nous avait pas dit que l’on attendrait si longtemps pour passer des promesses aux actes.
Qu’ont fait tous ces camerounais qui sont au chômage, qui sont incapables d’envoyer leurs progénitures à l’écoles, de se soigner, de se nourrir, pour mériter cela ?
260206
Tchassé jean – claude
Pleg, syndicaliste.
tchasse_jclaude@yahoo.fr
Tel : 713-49-16


CONSTITUTION DU CAMEROUN : Gare aux manipulations antidémocratiques.



CONSTITUTION DU CAMEROUN :
Gare aux manipulations antidémocratiques.

cet article écrit en février 2008 peut contribuer à comprendre ce qui se passe au Cameroun depuis lors.
Ainsi donc, Monsieur Paul Biya, âgé de 76 ans, et après 25 ans à la tête du Cameroun veut faire modifier la Constitution de la République, dans le seul but de lui permettre de briguer un nouveau mandant. C’est le seul point où il a été précis dans son discours de fin d’année, ce qui nous fait dire que son seul problème était d’informer les camerounais de son intention de s’éterniser au pouvoir. Monsieur Biya veut transformer notre pays en monarchie, voire en une dynastie, comme au Togo, où Eyadéma fils a succédé à Eyadéma père. Ne seront surpris que ceux qui croyaient, contre toute évidence, M. Biya capable d’un dernier sursaut patriotique.

Non séparation des pouvoirs.
Pour réussir son entreprise, il compte sur l’Assemblée Nationale quasi monocolore, issue des élections frauduleuses de juillet 2007, avec des députés pratiquement nommés, aux ordres de l’Exécutif, et incapables d’initiatives et d’autonomie. La Constitution actuelle pose de nombreux problèmes, dont le déséquilibre des pouvoirs, traduit par la puissance excessive de l’Exécutif n’est pas des moindres. Elle concentre trop de pouvoirs aux mains du Président de la République, qui contrôle le législatif et le judicaire. Nous sommes dans une dictature, ni plus, ni moins.
Monsieur Biya sait que sa volonté passe au Parlement comme une lettre  à la poste ; c’est pour cela qu’il peut louvoyer dans la résolution des grands problèmes de notre pays, sans être interpellé. C’est ainsi que par exemple que :
·         l’impunité continue de régner ; la lutte contre la corruption tarde à porter ses fruits. Quelques boucs émissaires ont été sacrifiés, mais les gros prévaricateurs peuvent dormir tranquilles. Monsieur Biya lui-même n’est pas inquiété et ne peut être inquiété, alors qu’il est loin d’être un modèle de rectitude et de probité morales. Titus Edzoa, son ancien gourou, médecin personnel et confident révélait qu’il est le plus riche camerounais ; d’où lui vient cette fortune personnelle qui dépasse celle de nos richissimes hommes d’affaires, alors qu’il est un fonctionnaire dont on connaît les revenus et le traitement ? On comprend pourquoi il n’a jamais appliqué l’article 66 de la Constitution qu’il veut modifier aujourd’hui. Dans un pays démocratique, les pouvoirs législatifs et judiciaires auraient depuis longtemps déjà engagé des procédures contre Monsieur Biya. Mais qui peut oser ? Ils doivent tous leurs nominations et leurs « élections » à la seule volonté du faiseur de rois qu’est M. Biya.
·         la concussion, la corruption et le tribalisme continuent leur bonhomme de chemin.
·         toutes les tricheries décriées lors de nos élections ont été entérinées par notre justice, à l’exemple de la grosse farce électorale de 1992, où les fraudes massives répertoriées auraient pu suffire à invalider l’élection de Monsieur Biya.
·         une loi électorale juste et équitable demeure attendue ; pourtant des propositions dans ce sens, auxquelles ont été associés les différentes administrations, les partis politiques, les experts et la société civile, ont été faites par la Conférence Episcopale Nationale du Cameroun (CNEC). Malheureusement, comme ces propositions ne sont pas du goût du régime, elles ont été rejetées.
C’est donc la volonté de Monsieur Biya qui triomphe, et le peuple, dont la souveraineté se trouve ainsi confisquée n’a plus que ses yeux pour pleurer.

Cinquième constitution non appliquée.
Pour nous jeter la poudre aux yeux, ils nous disent que notre Constitution a besoin d’être toilettée, comme si leur maintien au pouvoir à jamais n’était pas leur seule préoccupation réelle. Faut-il rappeler que ce texte constitutionnel de janvier 1996 avait été imposé par ce même Biya ?  Aidé en cela par une Assemblée monolithique, et ses constitutionnalistes conduits par un certain Joseph Owona, il a abusé les camerounais, en leur faisant croire que c’était une simple modification ; nous nous sommes retrouvés avec une nouvelle Constitution comme l’a révélé notre Cour suprême dans une décision relative à la validation des mandats des députés élus en 1997. Les spécialistes parlent de fraude à la procédure. Qui plus est, ce texte a des dispositions dont l’application est éternellement renvoyée aux calendes camerounaises. Il en est ainsi de la décentralisation, de la déclaration des biens, du sénat, du Conseil Constitutionnel. Où sont ces institutions plus de dix ans plus tard ? Monsieur Biya et son régime ont d’autres soucis. Ils appliquent les dispositions qui leur procurent des avantages, et mettent au tiroir les dispositions qui semblent présenter des menaces pour leur pouvoir.

Manipulations et intrigues.
Les camerounais ont besoin d’une Constitution adoptée selon les procédures prévues par la doctrine juridique. Une constitution qui soit véritablement l’émanation du peuple, qui soit vraiment l’expression de la souveraineté du peuple camerounais. Notre texte fondamental a toujours été confisqué et manipulé par des personnes au patriotisme et à l’intégrité douteux, tout justes préoccupés par leur maintien au pouvoir, comme c’est le cas actuellement avec Monsieur Biya. Une Assemblée constituante doit être élue, qui doit adopter un avant projet, lequel sera soumis au peuple, seul détenteur du pouvoir constituant originaire, par voie de référendum.
Le texte constitutionnel de 1996 qu’on veut modifier aujourd’hui résultait de l’ersatz de conférence nationale souveraine, appelée la tripartite, qui a abouti au large débat national, comédie de mauvais goût s’il en fut, qui s’est fait selon les sieurs Owona et consorts par fax. Le processus a été comme d’habitude vicié et contrôlé de bout en bout par le régime, qui a utilisé le Parlement d’alors pour imposer une Constitution taillée sur mesure, qui leur assurait la pérennité au pouvoir ; lorsqu’il prévoyait la limitation des mandats, il ne savait pas qu’il serait pénalisé par ces dispositions. Tout se passe comme avec  un gosse capricieux qui réclame un jouet à corps et à cris et qui après l’avoir obtenu se rebiffe et exige un autre jouet.

Instabilité institutionnelle.
Une bonne constitution n’a pas besoin d’être modifiée tout le temps. La Constitution américaine qui date de 1776 a connu des amendements, mais pas de modification en profondeur ; c’est que les concepteurs de ce texte étaient des visionnaires, qui avaient de grandes ambitions pour leur pays, qui est aujourd’hui la première puissance économique et militaire de la planète. Avec 15 constitutions en 180 ans on parle d’instabilité institutionnelle en France. Chez nous, nous en sommes déjà à la 5è constitution depuis l’indépendance et nous ne sommes pas encore sortis de l’auberge ! À ce rythme de 5 constitutions en 40 ans nous battrons le record des français. Qu’il soit question de « toiletter » la dernière version notre loi fondamentale, qui date d’à peine 10 ans est pour moi la preuve soit de l’incompétence, soit de la mauvaise foi de nos juristes, experts en droit constitutionnel, qui rangent au placard les principes sacrés de leurs disciplines, qui oublient les exigences de la doctrine, de la jurisprudence et de la coutume, et s’adonnent aux manœuvres les plus sordides.
Il faut dire que nos experts sont divisés en deux camps ; ceux qui soutiennent le pouvoir, et qui utilisent leur science pour justifier les intrigues et les manigances du régime ; en contrepartie ils sont promus aux hauts postes de responsabilité, peuvent même être nommés ministres, avec toutes sortes d’avantages ; ils ont aliéné leur liberté et ont renoncé à leur capacité de jugement, d’analyse lucide et d’appréciation objective des situations. Ils profitent donc de ces positions pour s’enrichir ; dans l’autre camp les spécialistes soucieux de justice, qui ont gardé leur indépendance d’esprit ; ceux-là sont frappés d’ostracisme et mis à l’écart.

Souveraineté confisquée.
Le plus révoltant dans l’histoire, c’est le mépris souverain que ces Messieurs affichent pour les populations et qui se traduit par les déclarations du genre les populations de telle circonscription demandent la modification de la Constitution, ou la majorité du peuple souhaite la modification de l’article 6. 2 de la Constitution. Monsieur Biya lui-même a osé reprendre de tels propos, se basant sur l’agitation et les manipulations organisées par des fonctionnaires véreux et corrompus uniquement mûs par la volonté de préserver leurs positions. Du reste, qui a suscité ces manifestations si ce n’est lui-même ? Comment ont-ils fait pour connaître la volonté de la population sans avoir organisé de référendum ?

Que peut faire M. Biya ?
Que peut-on retenir des vingt cinq ans de pouvoir de Monsieur Biya ? Les élections truquées ? La corruption qui nous vaut cette triste réputation dans le monde ? Les bas salaires de certains corps de la Fonction publique ? Le commerce autour des postes de l’administration ? Le tribalisme ? Le chômage ? L’inflation ? La montée de l’insécurité ? Ou alors, la déliquescence de notre système éducatif ?  Qu’a donc fait Monsieur Biya qui puisse justifier sa volonté de se cramponner au pouvoir ?
Les grands hommes ont su quitter le pouvoir sans aucune contrainte, et cela les a rendus plus respectables et plus honorables. Ils sont ainsi entrés dans l’Histoire par la grande porte. Nelson Mandela, qui s’est contenté d’un seul mandat en Afrique du Sud, Joachim Chissano, ancien Président Mozambicain,  Alpha Oumar Konaré, ancien Président Malien et ancien Président de la Commission de l’Union Africaine, sont des exemples qui méritent d’être suivis, et qui prouvent que l’Afrique n’est pas maudite comme certains ont tendance à nous le faire croire. Malheureusement, notre continent est encore infesté des dinosaures insatiables qui ne rêvent que de s’agripper par les moyens les plus antidémocratiques au pouvoir, qui n’ont aucun sens de l’honneur.

Que font les camerounais ?
Monsieur Biya s’apprête donc à perpétrer un autre coup de force ; il faut dire que c’est son habitude ; c’est ce qui explique sa longévité au pouvoir, longévité qui est en soi une preuve supplémentaire de l’absence de démocratie dans notre pays, du caractère tyrannique du régime de Yaoundé. Mais que font les camerounais devant ce qui se prépare ? Certains se contentent de tirer à boulets rouges sur les partis politiques de l’opposition, les accusant d’inertie. Ce n’est pas seulement l’affaire des partis politiques ; nous sommes tous concernés par ce qui se passe ; nous sommes tous victimes de la mauvaise gouvernance de notre pays. L’inflation, le chômage, le mauvais fonctionnement des services publics, la corruption font tous les jours des ravages parmi les populations. Il s’agit donc de se mobiliser comme en 90 et 91, quand le pouvoir de Yaoundé avait vacillé, et a failli être renversé.
Monsieur Biya doit comprendre que 25 ans de gabegie, de détournements de fonds, de tribalisme, ça suffit. Il est temps que ce Monsieur se retire pour céder la place à de véritables patriotes, capables d’abnégation, de sacrifice et de renoncement à soi, prêts le cas échéant au sacrifice suprême, uniquement soucieux de bien commun et d’intérêt général.
050208
 TCHASSE JEAN-CLAUDE
PLEG, Syndicaliste
Tel : 77134916/33045643

mercredi 2 septembre 2015

LES CRIMES DE LA FRANCE CONTRE L`AFRIQUE



LES CRIMES DE LA FRANCE CONTRE L`AFRIQUE

LES CRIMES LES PLUS ABOMINABLES DE LA FRANCE

Les rapports entre la France, pays de la Révolution du 14 Juillet 1789, laquelle s’est traduite notamment par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, le 26 Août 1789, et ses « anciennes » colonies, de la période de l’empire à celle actuelle, des Etats Post-coloniaux demeure marquée par des exactions dont le rappel est essentiel afin que nul n’oublie, cette évocation des tueries et autres atteintes graves aux droits de la personne humaine perpétrés par un pays qui se prétend patrie de la liberté, de l’égalité et de la fraternité est une dénonciation du deni de justice dont souffrent aujourd’hui encore, les victimes. Cette commémoration est nécessaire dans la mesure où l’Afrique endure aujourd’hui encore les conséquences de ces actes odieux, lesquels constituent en fait des indicateurs des motivations réelles de la colonisation, tragédie qui se situe dans la logique de la traite négrière dont selon le philosophe SINDJOUN POKAM, « les effets psychologiques, démographiques, économiques, culturels, politiques pèsent encore lourdement sur notre destin » Impact tribune n° 15, p.9. Nous commencerons notre macabre évocation à partir de 1944, au sortir de la seconde guerre mondiale. L’on aurait pu croire que la France, meurtrie par l’occupation allemande et qui n’en avait été libérée que grâce à l’intervention des autres pays dits alliés appuyés par les anciens combattants ferait un effort pour se réconcilier avec sa devise. Las, C’était compter sans le racisme viscéral des dirigeant français, sans l’adhésion de la France officielle à la thèse de Gobineau et de Gaétan Delaunay, lesquels prônent l’infériorité ontologique de l’homme noir,. A peine libérée donc, la France fonce sur l’Afrique : elle entend y laver l’humiliation que lui a fait subir le 3ème Reich.

1- LES MASSACRES DU CAMP DE THIAROYE, SENEGAL, DECEMBRE 1944

Répression brutale et féroce d’une mutinerie de soldats noirs appelés péjorativement « tirailleurs sénégalais, qui réclamaient des arriérées de soldes ; ils manifestaient sans armes : bilan, trois cents quatre vingt « mutins » froidement abattus, Voilà comment ont été récompensés ceux-là qui ont eu une contribution décisive à la libération de la France. Selon le cinéaste Sénégalais, Sembène Ousmane qui a tourné un film sur ce drame en 1988, cité par l’hebdomadaire Jeune Afrique n° 1936, du 17 au 23 F2vrier 1998, p.38, Paris « a exercé de fortes pressions sur les acteurs français pour les dissuader de jouer dans le film. Le plateau a même été survolé par des avions d la base française de Dakar ».

2- SETIF, ALGERIE, MAI 1945
La police ouvre le feu sur des manifestants algériens qui réclamaient l’indépendance de l’Algérie et la libération de Messali Hadj, chef du Parti Populaire Algérien ( PPA), arbitrairement déporté à Brazzaville quelques semaines plus tôt ; bilan : plusieurs milliers d’algériens abattus.

3- MADAGASCAR, DE MARS 1947 EN DECEMBRE 1948
Une brutale répression des manifestations organisées par les malgaches en quête de liberté fait selon le Gouverneur Chévigné en poste dans l’Ile à cette période-là 80 000 morts, avec à la clé des villages saccagés et incendiés.

4- ALGERIE, DE 1954 EN 1962
L’insurrection algérienne, sous la conduite du Front de libération Nationale ( FLN) débute en 1954. C’est le prétexte que cherchaient les occupants français pour intensifier les actes de répression et les exactions.

Le Gouvernement du socialiste Guy Mollet donne à cette occasion dans du piratage aérien : en effet, un avion transportant à son bord les chefs du FLN Ahmed Ben Bella, Aït Ahmed et Mohamed Boudiaf qui allait du Caire où le mouvement nationaliste algérien bénéficiait du soutien de Nasser, à Tunis, est détourné par l’aviation française sur Alger. C’est seulement après avoir massacré des centaines de milliers de personnes ( un million selon certaines estimations) que la France a consenti de mauvaise grâce à laisser libre le peuple algérien. Le général de Gaule déclarait en novembre 1960 à l’Echo d’Oran : « Nous en avons déjà tué 200 000, nous en tuons encore 500 par semaine. » L’on se demande dans ces conditions quel est le barbare qui a besoin d’être civilisé ?

4- LA RATONNADE, PARIS 1961.
17 Octobre 1961 : à l’Appel de la Fédération FLN de France des milliers d’algériens ont convergé vers le Centre de Paris pour réclamer l’indépendance de leur pays. Selon Réné Rémond, notre siècle 1918-1968, Paris, Fayard, « la soirée est tragique : des dizaines, peut-être des centaines d’algériens sont tués, jetés dans la Seine, où l’on repêche leurs corps. Le bilan officiel fait état de 11538 arrestations, mais reste discret sur les atrocités de cette soirée. » le sinistre Maurice Papon, alors préfet de police de Paris a déclaré à télévision française en 1993, selon libération n’avoir « aucun remords, aucun signe d’angoisse. Il a regretté son incapacité à n’avoir pu, en quelque sorte, maintenir l’ordre ». Son directeur de cabinet avait pourtant confirmé à l’historien Michel Winock que « la Seine charriait de plus en plus de cadavres … noyés par balle ». Le responsable de cette bévue monumentale, qui relève du terrorisme d’état, sera récompensé par un portefeuille ministériel sous la présidence Giscard, ci-devant « cher parent » de Bokassa …….Empereur de Centrafrique.

6-BIZERTE, 1961.
Bizerte était une base navale où étaient installées les troupes françaises. Conduites par l’Amiral Amman, celles –ci répriment durement une attaque des forces tunisiennes, massacrant 700 soldats ; « à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ».

7- MASSACRES AU CAMEROUN, 1945-1971.
Septembre 1945 : la grosse manipulation.  Le colonat regroupé dans l’Association des colons du Cameroun( A S C O C A M ) suscite des manifestations, qu’il attribue aux syndiqués. Ceux-ci s’étaient pourtant prononcés contre la grève que voulaient organiser des employés non syndiqués des chemins de fer. Mais les colons français cherchaient déjà, conformément aux résolutions prises à l’issue des états généraux de la colonisation tenus au début du même mois à Douala, des prétextes pour tuer dans l’œuf le mouvement syndical naissant et non moins dynamique ; c’est ainsi qu’armés de revolvers, de fusils et de mitraillettes, et montés sur des voitures, les provocateurs ont mené pendant deux jours des opérations de ratissage au cours desquelles ils ont fait d’ odieux cartons sur tous les noirs qu’ils croisaient. Les « forces de l’ordre » ont laissé faire. Des pilotes français de l’Escadrille Bétune qui stationnait alors à Douala, sont montés dans leurs appareils et ont commencé à mitrailler les gens dans les rues. Le bilan de ce septembre noir se chiffre à plusieurs centaines de morts, côté manifestants. Aucun colon n’a jamais été inquiété pour sa participation à ces massacres-là. Seul Etienne Lalaurie, promoteur avec notamment Maurice Soulier et Gaston Donnat du mouvement syndical et du mouvement nationaliste au Cameroun, a été jugement ; il avait dû abattre, en état de légitime défense, l’un de ces colons enragés qui était venu chez lui, armé, dans l’intention de lui « faire la peau » .

Mai 1955 : Roland Pré envoyé pour casser le mouvement nationaliste dont le porte flambeau était l’Union des Populations du Cameroun ( U P C ), se livre à d’horribles crimes avant de prononcer, en juillet de la même année la dissolution du parti nationaliste. Ce qui a poussé ce dernier au maquis. La chasse aux « maquisards » a donné lieu aux déplacements massifs des populations arbitrairement éloignés de leurs villages détruits par la troupe, et regroupés dans les camps de concentration appelés pudiquement « zone de pacification ». Le Colonel Lamberton et M. Pierre Messmer en savent quelque chose. C’est au cours de ces opérations qu’est assassiné le 13 septembre 1958, Ruben Um Nyobe le « Mpodol » , Chef historique du mouvement nationaliste au Cameroun . En pays Bamiléké, au début de 1960, Michel Debré, Premier ministre français, qui a décidé d’entreprendre une véritable reconquête confie au général Briand le « viking », qui s’était taillé une triste réputation en Indochine, cette opération. Ce dernier est placé à la tête d’une armée comprenant cinq bataillons, un escadron blindé et escadron de chasseurs bombardiers, pas moins. Que pouvaient Martin Singap, chef de l’Armée de Libération Nationale Kamerunaise (ALNK) et ses hommes armés de sagaies ? Bilan de la boucherie : 400.000 morts, des villages rasés au napalm ; ce n’est pas le pilote d’hélicoptère MAX Bardet qui nous démentira ; le traumatisme psychologique causé par ce carnage se ressent aujourd’hui encore , et n’a pas fini de causer des ravages . Le Cameroun avait pourtant accédé à la souveraineté internationale le 1er janvier 1960.

8. ASSASSINATS DE NATIONALISTES.

Le sergent André Grenard , plus connu sous le nom d’André Matsoua ,inculpé d’intelligence avec l’ennemi, est arrêté alors qu’il était hospitalisé à Paris ,transféré au Congo ou il est condamné en 1941 aux travaux forcés à perpétuités ; le Commandant de Larminat , Gouverneur gaulliste du Congo le laisse mourir en prison en avril 1942. On lui reprochait d’avoir été un des premiers Africains à revendiquer pour ses compatriotes la voix au chapitre dans la gestion de l’empire.

Félix Moumié, successeur de Ruben Um Nyobé à la tête de l’UPC a été empoisonné au thallium à Genève, le 15 octobre 1960, par agent des services secrets français, le Service de Documentation Extérieure et de Contre Espionnage (SDECE),William Bechtel. Il en meurt le 3 novembre 1960 dans un hôpital genevois. Foccart, le commanditaire de ce crime crapuleux a dit ne pas regretter cet acte ignominieux.

Mehdi Ben Barka, assassiné à la fin d’octobre 1965 dans une villa de la région parisienne, était l’un des opposants marocains de gauche les plus notaires. Cette affaire dans laquelle fut impliquée le service de Documentation Extérieure et de Contre Espionnage (SDECE) n’a jamais été éclaircie, en dépit des demandes répétées de la famille de la victime.

C’est un officier français qui a donné le coût de grâce (acte o combien symbolique !)au nationaliste camerounais Ernest Ouandié condamné au terme d’une parodie de procès en 1971, alors que l’on prétendait déjà le Cameroun « indépendant ».

Le Dr.Outel Bono, assassiné à Paris le 26 août 1973 par les agents de la SDECE, était l’un des opposants tchadiens les plus en vue, et dont l’envergure faisait apparemment ombrage au président Tombalbaye.

9. IMPLICATIONS FRANCAISES DANS LES GUERRES CIVILES
LES COUPS D’ETAT.

Pourquoi la France s’est –elle cru obligée d’intervenir dans les affaires intérieures des Etats Africains ? Le sociologue suisse Jean Ziegler nous répond quand il déclare : « le gouvernement français a partout remis le pouvoir à des groupements, partis ou clans d’hommes formés, financés, conseillés et mis en place par lui-même. Dans aucun des états francophones nés de l’ancien Empire, à l’exception du Cameroun, le pouvoir colonial ou ses satrapes locaux n’ont eu à affronter un mouvement de libération nationale armé. La plupart du temps, le transfert de souveraineté a relevé de l’acte régalien, de la gracieuseté de la faveur que le maître accorde aux anciens esclaves ». Vive le pouvoir ! ou les délices de la raison d’Etat, paris, Seuil,1985.

La France s’est tristement distinguée par sa participation active aux actes antidémocratiques, violant sans vergogne la souveraineté des états qu’elle-même disait indépendants. L’effroyable guerre du Biafra menée par le pion Odumegwu Ojukwu commence en mai 1967 par la proclamation de l’indépendance de la « république du Biafra » ; la France soutient cette tentative finalement avortée de division et de déstabilisation du Nigéria. Les avions de la croix- rouge transportaient non pas le matériel nécessaire à l’assistance humanitaire, mais des armes destinées aux sécessionnistes. Dans un accord signé entre la banque Rothschild et Ojukwu, le Biafra cédait à l’établissement français les droits exclusifs d’exploration et d’extraction du pétrole, de l’or, de la colombite, de l’étain, de l’uranium et de charbon.

L’on avait retrouvé durant l’été 1960 la France soutenant les sécessionnistes Katangais menés par Moise Tschombé. Le pillage des immenses richesses du Congo –Léopoldville était impossible avec un Patrice Lumumba à sa tête. Il fallait donc lui rendre la vie dure avec les sécessionnistes du Katanga. Ce pays qui s’était déjà opposé à l’établissement des exécutifs fédéraux respectivement à Brazzaville pour l’Afrique Equatoriale Française(AEF) et à Dakar pour l’Afrique Occidentale Française(AOF) était encore dans les manœuvres de déstabilisation des nouveaux états.

La France, pays de l’Occident chrétien est présente également au soudan aux cotés du régime islamiste fondamentaliste, « esclavagiste, totalitaire et agressif » de Khartoum selon l’université Marc Lauvergene, dans une interview à Chronique d’amnesty international , n° 148, p.9, et cela contre les rebelles sudiste et chrétiens.

Le renversement et l’assassinat, en janvier 1963, du premier Président de la République du Togo, Sylvanus Olympio, ce dernier s’était réfugié, après l’attaque de sa résidence pendant la nuit par les putschistes dans une voiture garée au parking de l’ambassade des Etats-Unis au Togo, laquelle jouxtait le palais présidentiel. Au petit matin, il y avait été découvert par l’ambassadeur américain Gaston Poullada. Ce dernier a appelé innocemment son homologue français, Louis Mazoyer qui a refilé sans tarder l’information à Eyadéma et ses sicaires. On connaît la suite. Le Président a été lâchement assassiné, remplacé dans un premier temps par un pion, vite remplacé à son tour par M. Eyadéma, le véritable homme de Foccart.

Le 18 février, 1964, La France vole au secours de Léon M’ba déposé par des officiers progressistes de l’armée gabonaise. Il est réinstallé au pouvoir par des commandos de parachutes français spécialement dépêchés pour cette sale besogne.

C’est à cause de la France que M. Mobutu de triste mémoire, cette véritable calamité qui a causé tant de ravages, est resté si longtemps au pouvoir au Zaïre ; en effet, les troupes françaises ont eu à y intervenir en mars 1977 et en mai 1978 contre les gendarmes katangais.

En janvier 1977 au Bénin, une tentative de coup d’état, menée par des mercenaires conduits par le tristement célèbre « corsaire de la République Française, Bob Denard, échoue.

C’est par l’opération dite Barracuda que la France installe, le 21 septembre 1979 une marionnette appelée David Dacko au pouvoir à Bangui, en remplacement de « l’empereur » Bokassa, devenu encombrant et surtout embarrassant avec ses histoires de diamants offerts à son « cher parent ».

La fameuse « opération turquoise » organisée en 1994 au Rwanda et qui, présentée comme intervention humanitaire était en réalité en prétexte pour tenter de sauver le régime tribaliste et intolérant de Bujumbura. Les milices tribales Hutu ont pu s’adonner allègrement à leur macabre besogne, bilan : 500 000 morts.

10 SOUTIEN AU PAYS DE L’APARTHEID
La France, pays de René Cassin, prix Nobel de la paix 1968, rédacteur de la Déclaration Universelle des droits de l’homme n’a pas ménagé son appui aux régimes racistes de John Balthazar Voster et de Pieter Botha ; c’est en effet grâce notamment à la France et aux autres pays occidentaux que ce pays a pu acquérir l’arme nucléaire et la puissance militaire, qui ont nourri les répugnantes guerres d’Angola et du Mozambique et ont permis à ce pays de mener pendant si longtemps la sordide politique d’apartheid.


11- LE GENERAL DE GAULLE PLUS FUTE QUE RAYMOND CARTIER
Quels sont les véritables objectifs de la coopération ? La réponse à cette question se trouve sans doute dans les fameux rapports JEANNENEY et GORSE, jamais rendus publics. Ces rapports avaient été commandés respectivement en 1963 et en 1970 au vu des critiques virulentes suscitées par les relations ambiguës entre la France et ses anciennes colonies. Selon l’économiste Tibor Mende dans on ouvrage De l’aide à la recolonisation. Les leçons d’un échec, Paris, seuil, 1972, « pratiquement toute l’aide de a France à l’Afrique lui revient sous forme de transferts ou de commandes ». Le journaliste Gilbert Comte affirmait lui en novembre 1973, après avoir dressé un tableau sombre de la coopération, que le général de Gaulle avait été plus rusé que le journaliste de Paris Match Raymond Cartier qui préconisait en 1956 un abandon pur et simple des anciennes colonies, lesquelles coûtaient selon lui très cher à la France. Son slogan devenu célèbre était « la Corrèze avant le Zambèze ». Pour Gilbert Comte, « sous libéralisme de façade, le général essayait de défendre les intérêts nationaux au meilleur tarif possible. Il ne pouvait naturellement pas expliquer son programme à la face du monde sans produire quelque scandale. Il l’enveloppa donc dans ce vocabulaire généreux mis à la mode par l’anticolonialisme triomphant de l’époque, et donna aux thèses popularisées par Paris Match la plus intelligente application qu’elles pouvaient recevoir ».

12- LA FRANÇAFRIQUE
La Françafrique désigne une nébuleuse d’acteurs économique, politiques et militaires, en France et en Afrique, organisée en réseau et en lobbies, et polarisée sur l’accaparement de deux rentes ; les matières premières et « l’aide publique au développement « ( APD) selon les associations AGIR ICI et SURVIE, Dossiers noirs de la politique africaine de la France n° 7 : France –Cameroun ; croisement dangereux ! L’ Harmattan, 1996, p.8. L’on y lit plus loin que « la logique de cette ponction est d’interdire l’initiative hors du cercle des initiés. Le système, au demeurant, se recycle dans la criminalisation. Il est naturellement hostile à la démocratie. » Parmi les acteurs les plus notoires de cette nébuleuse, on peut citer Jaques Foccart, la multinationale du pétrole ELF, le SDECE qui a maintenu sa politique interventionniste en devenant la DGSE, d’éminentes personnalités appartenant aussi bien à la droite qu’à la gauche de l’échiquier politique français telles que Jaques Chirac, Mitterrand père et fils, Pasqua père et fils, j’en passe et des meilleurs.

JACQUES CHIRAC CONTRE LA DEMOCRATIE PLURALISTE EN AFRIQUE NOIRE

Le président français , devant qui la négraille se trémousse frénétiquement en s’imaginant lui faire plaisir à l’occasion de ses voyages sur le continent africain , est celui-là même qui a pris position publiquement, et cela plutôt deux fois qu’une contre l’instauration de la démocratie pluraliste en Afrique noire. La première fois c’était lors d’une visite à Dakar en 1987 alors qu’il était Premier ministre. L’hebdomadaire Jeune Afrique qui rapportait ses propos en fin mai 1987 nous apprend que ses préférences allaient vers « le parti unique multitendanciel », notion brumeuse, atypique et bâtarde, tout juste bonne pour les attardés ataviques que nous sommes. La deuxième fois, c’était en 1990 à Abidjan où il était allé à une réunion d’un machin appelé Association des maires francophones. Pour lui en effet le multipartisme est « une sorte de luxe que les pays en développement n’ont pas les moyens de s’offrir. » Nous voudrions rappeler à M. Chirac que les régimes dictatoriaux, prédateurs et corrompus restent au pouvoir à cause du soutien inconditionnel que leur apporte la France, et cela, au grand dam de nos peuples qui n’avaient par ailleurs jamais demandé à personne de venir les coloniser. Car il faut le relever, c’est cette notion d’Etat comme mode d’organisation sociale qui, dévoyée a été transformée par des personnes sans foi ni loi en instrument de coercition, de brigandage et d’exploitation. Quelles garanties les civilisateurs avaient-ils prévu contre de telles dérives, en l’absence de démocratie ?
Les visites officielles des présidents français sont les occasions de célébrer l’excellence des relations entre la « généreuse et bienveillante » France et les pays visités. Seulement l’on oublie volontairement et trop facilement le phénomène de criminalisation de l’Etat dont a parlé Jean François Bayart en juin 1995 dans un rapport pour le Centre d’analyse et de prévision du Ministère des Affaires étrangères, et qui se traduit par « le dédoublement des systèmes sociaux africains entre « pays légal », interlocuteur unique des institutions multilatérales et des Etats occidentaux, et le « pays réel… ».

13- LA COOPERATION FRANÇAISE : AVATAR RAFINE ET MODERNE DE LA TRAITE NEGRIERE TRANSATLANTIQUE


De la traite négrière jusqu’à la coopération, en passant par l’esclavage régi par le Code noir, la colonisation marquée par le Code de l’indigénat et le travail forcé, il se dégage une constante :
L’exploitation et la déshumanisation de l’homme noir par la France. Aimé Césaire, cité par Abel Eyinga, Démocratie de Yaoundé, T1, Syndicalisme d’abord, 1944-1946, l’Harmattan, 1985, pp 31.32, déclare : « je dis que de la colonisation à la civilisation, il y a une infinie… je vois partout où il y à face à face, colonisateurs et colonisés, la force, la brutalité, la cruauté ; la sadisme, le heurt et en parodie de formation culturelle, la formation hâtive de quelques milliers de fonctionnaires subalternes, de boys, d’artisans, d’employés de commerce et d’interprètes nécessaires à la bonne marche des affaires. Entre colonisateurs et colonisé, il n’ y a a de place que pour la corvée, l’intimidation, la pression, la police, la méfiance, la morgue, la suffisance, la muflerie, les élites décérébrées, des masses avilies. Aucun contact humains, mais des rapports qui transforment l’hommes colonisé en pion, en adjudant, en garde chiourme, en chicote et l’homme indigène en instrument de production à mon tour de poser une équation : Colonisation – Chosification ».


14- DENI DE JUSTICE

La traite négrière a déjà été reconnue comme crime contre l’humanité. A quand l ‘érection de la colonisation et de la coopération française à ce rang peu enviable avec dédommagement subséquent des victimes et leurs descendants ? L’Afrique a-t-elle vraiment besoin de la coopération telle que la lui impose la France ? Le bilan de quarante années de cette coopération-là autorise tout esprit lucide et objectif à répondre par la négative. En effet les « anciennes » colonies françaises sont les parties du monde les plus durement touchées par la pauvreté, la maladie et l’ignorance. Ce sont en outre les régions les plus endettées , sans que l’on puisse dire pour ce qui est du Cameroun par exemple à quoi ont servi les sommes colossales empruntées. Elles sont encore dirigées par des régimes autocratiques, répressifs et intolérants, soutenus par la métropole.

Le changement de la politique africaine de la France, clamé par le Gouvernement socialiste de Lionel Jospin est une reconnaissance implicite des abus et des méfaits commis. Cela ne peut que susciter scepticisme et méfiance lorsqu’on sait que les changements de majorité qu’a connus ce pays n’ont rient apporté de positif dans ce domaine.

Source principale : Claude Wauthier ; quatre présidents et l’Afrique, seuil , avril 1995



TCHASSE JEAN Claude
PLEG , syndicaliste
S/C BP 311 Bafoussam